Apprendre à nos enfants l’humilité et la bienveillance

Introduction

Il y a des enseignements qui semblent simples, presque anodins, et qui pourtant peuvent profondément façonner la manière dont un enfant regarde le monde. Parmi eux, il y a cette invocation que l’on peut prononcer lorsque l’on voit une personne éprouvée par la maladie, le handicap ou une difficulté particulière :

الْحَمْدُ لِلَّهِ الَّذِي عَافَانِي مِمَّا ابْتَلَاكَ بِهِ، وَفَضَّلَنِي عَلَى كَثِيرٍ مِمَّنْ خَلَقَ تَفْضِيلًا

Rapporté par At-Tirmidhi

« Louange à Allah qui m’a préservé de ce dont Il t’a éprouvé et m’a favorisé par rapport à beaucoup de Ses créatures. »

Je me suis récemment demandé : avons-nous pris le temps d’apprendre cette invocation à nos enfants ? Et surtout, leur avons-nous expliqué ce qu’elle signifie réellement ?

Car derrière quelques mots se cache un enseignement beaucoup plus profond. Il s’agit d’apprendre à l’enfant à ne pas considérer les difficultés d’autrui comme un spectacle, une source d’amusement ou une occasion de se sentir supérieur. Il s’agit de lui apprendre à regarder l’autre avec pudeur et compassion, tout en prenant conscience des bienfaits dont Allah l’a comblé.

Cette éducation est d’autant plus importante que les enfants peuvent parfois être très durs entre eux. Une différence suffit parfois pour devenir une raison de se moquer. C’est pourquoi, en tant que parents, nous avons la responsabilité de leur transmettre les bons réflexes.

1. Apprendre à l’enfant à remercier Allah plutôt qu’à se moquer

Lorsqu’un enfant aperçoit une personne malade, handicapée ou simplement différente de lui, sa réaction peut être spontanée. Il peut regarder avec insistance, poser une question maladroite, rire ou chercher à attirer l’attention des autres enfants.

Il ne faut pas forcément y voir de la méchanceté. L’enfant est encore en train de comprendre le monde qui l’entoure. Il découvre les différences et ne sait pas toujours comment les interpréter.

C’est précisément à ce moment-là que l’éducation parentale prend tout son sens.

Au lieu de simplement lui dire : « Ne regarde pas », « Ne ris pas » ou « Ce n’est pas bien », nous pouvons lui transmettre un réflexe différent : se rappeler d’Allah et Le remercier pour Ses bienfaits.

Cette démarche permet de transformer une situation qui aurait pu devenir une occasion de moquerie en une occasion d’éducation spirituelle.

L’enfant comprend alors que ce qu’il possède n’est pas un dû. Sa santé, ses capacités, son apparence, sa facilité à marcher, à parler ou à apprendre sont autant de bienfaits dont il doit être reconnaissant.

2. Une invocation qui enseigne l’humilité

Cette invocation contient une leçon essentielle : nous ne devons jamais nous croire à l’abri de l’épreuve.

Lorsque nous voyons quelqu’un confronté à une difficulté que nous ne connaissons pas, il est facile de penser : « Heureusement que je ne suis pas comme lui » ou « Heureusement que cela ne m’arrive pas. »

Mais le croyant est invité à adopter une autre attitude.

Il remercie Allah pour la préservation dont il bénéficie, tout en se rappelant que cette situation n’est pas uniquement le fruit de ses mérites. Si nous sommes en bonne santé aujourd’hui, c’est par la grâce d’Allah. Si nous jouissons de certaines capacités, c’est par Sa grâce. Si nous sommes épargnés par certaines épreuves, c’est encore par Sa grâce.

Cette prise de conscience devrait naturellement éloigner l’être humain de l’arrogance.

Celui qui sait que ses bienfaits viennent d’Allah ne peut pas regarder celui qui en est privé avec mépris.

Et c’est justement ce message que nous pouvons transmettre à nos enfants.

3. Une leçon que je garde de mon enfance

Je me souviens d’un souvenir qui remonte à mon enfance. J’étais au CI et je devais avoir environ six ans.

Un jour, nous avons vu dans la rue un homme atteint de troubles mentaux. C’est alors que ma maman ou mes grandes sœurs — je ne saurais aujourd’hui dire précisément laquelle — m’a appris qu’il existait une invocation à dire lorsqu’on voyait une personne éprouvée.

Cette personne n’était pas là pour nous divertir.

Sa situation n’était pas une raison de rire.

Elle était plutôt l’occasion de nous rappeler les bienfaits d’Allah.

Cette invocation m’est restée. Au fil des années, elle est devenue un automatisme. Lorsque je vois une personne dans une situation que je considère comme moins favorable que la mienne, c’est cette invocation qui me vient naturellement à l’esprit.

Et je trouve cela particulièrement beau dans l’éducation : certains enseignements reçus durant l’enfance nous accompagnent toute notre vie.

4. La gratitude change notre regard sur l’autre

Il y a quelque chose de très puissant dans le fait de remercier Allah avant même de porter un jugement sur une situation.

Lorsque l’on prononce cette invocation, on se recentre sur soi-même et sur notre relation avec Allah. On ne regarde plus uniquement ce que l’autre personne n’a pas. On prend conscience de ce que, nous, nous avons reçu.

Et une fois que l’on a remercié Allah, il devient beaucoup plus difficile de se moquer.

Comment pourrais-je rire de cette personne après avoir reconnu que ma propre situation est une faveur d’Allah ?

Comment pourrais-je me sentir supérieur alors que je sais que les situations peuvent changer ?

Cette réflexion est importante à transmettre aux enfants, car l’humilité ne naît pas toujours spontanément : elle s’enseigne, se répète et se pratique.

5. Les enfants peuvent être cruels entre eux

Cette question dépasse largement la situation d’une personne malade ou handicapée.

À l’école, les enfants peuvent se moquer de celui qui est différent, de celui qui s’habille différemment, qui parle avec un accent, qui a des difficultés scolaires, qui est plus timide, qui possède moins de moyens ou qui ne correspond pas aux standards du groupe.

Je le constate notamment à travers les témoignages de mes proches. Mon enfant est encore petit et n’a pas atteint l’âge où il interagit réellement avec d’autres enfants, mais j’entends les histoires racontées par des amies concernant ce que leurs enfants vivent à l’école.

Et lorsque nous y réfléchissons, nous avons nous-mêmes connu ce genre de situations durant notre enfance.

Une parole prononcée pour rire peut être oubliée immédiatement par celui qui l’a dite. Mais elle peut rester longtemps dans l’esprit de celui qui l’a reçue.

Une moquerie de quelques secondes peut devenir un complexe porté pendant des années.

C’est pourquoi nous ne devons pas banaliser les paroles blessantes sous prétexte que « ce sont des enfants ».

Les enfants ont besoin d’apprendre la bienveillance.

6. Éduquer à la bienveillance, mais aussi préparer nos enfants à la méchanceté

Cependant, notre rôle ne consiste pas uniquement à apprendre à nos enfants à être bons envers les autres.

Nous devons également leur apprendre à faire face à ceux qui ne seront pas bons avec eux.

C’est une réalité qu’il faut accepter : nous ne pouvons pas contrôler l’éducation que les autres parents donnent à leurs enfants.

Nous pouvons apprendre à notre enfant à respecter les autres, mais nous ne pouvons pas garantir qu’il sera toujours respecté en retour.

Nous pouvons lui apprendre à ne pas se moquer, mais d’autres enfants pourront se moquer de lui.

Nous pouvons lui apprendre à être bienveillant, mais il rencontrera parfois des personnes qui chercheront à le rabaisser.

Il est donc essentiel de lui donner les outils nécessaires pour préserver son estime de lui-même.

L’enfant doit savoir que la méchanceté d’un autre ne définit pas sa valeur. Il doit apprendre à parler lorsqu’une situation devient trop difficile, à demander l’aide d’un adulte, à poser ses limites et à ne pas répondre à la violence par davantage de violence.

Apprendre la bienveillance ne signifie pas apprendre la faiblesse.

Nous pouvons élever des enfants au cœur doux, tout en les aidant à devenir intérieurement solides.

7. Une responsabilité qui commence à la maison

L’éducation à la compassion commence dans les petites choses du quotidien.

Elle commence par notre manière de parler des autres à la maison. Par notre réaction lorsqu’une personne différente apparaît dans notre environnement. Par les mots que nous employons lorsque nous parlons d’une personne malade, pauvre ou handicapée.

Les enfants observent énormément leurs parents.

Avant même de retenir une invocation, ils retiennent nos réactions.

Si nous nous moquons des autres, ils apprendront à se moquer.

Si nous parlons avec mépris de certaines personnes, ils intégreront ce comportement.

Mais si nous leur montrons la gratitude, la pudeur, le respect et la compassion, nous leur donnons des repères qui pourront les accompagner toute leur vie.

Conclusion

Enseigner cette invocation à nos enfants peut sembler être un petit geste. Pourtant, derrière ces quelques mots se trouve une véritable leçon de vie.

Remercier Allah lorsqu’on voit une personne éprouvée, c’est apprendre à l’enfant à reconnaître Ses bienfaits sans mépriser celui qui en est privé.

C’est lui apprendre que la santé est un bienfait, que nos capacités sont des bienfaits et que notre situation peut changer à tout moment.

C’est surtout lui apprendre à ne jamais confondre faveur et supériorité.

Alors apprenons cette invocation à nos enfants. Expliquons-leur son sens. Répétons-la avec eux et profitons de ces moments pour leur parler de différence, de compassion et d’humilité.

Et en parallèle, préparons-les aussi à affronter la méchanceté qu’ils pourront rencontrer. Apprenons-leur à être bons sans être naïfs, doux sans être fragiles et miséricordieux sans oublier de se protéger.

Car notre objectif, en tant que parents, ne devrait pas seulement être d’élever des enfants qui réussissent.

Nous devrions aussi chercher à élever des enfants qui ont un beau cœur.

Des enfants capables de remercier Allah lorsqu’ils reçoivent un bienfait, de faire preuve de compassion lorsqu’ils voient une personne éprouvée et de rester forts lorsqu’ils sont confrontés à la méchanceté.

Qu’Allah nous aide à élever des enfants miséricordieux, humbles, bienveillants et forts intérieurement. Qu’Il mette dans leurs cœurs la gratitude, la compassion et le respect de Ses créatures. Âmîn.

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