DROGUE : COMMENT PROTÉGER NOS ENFANTS ?

Introduction

La question de la consommation de drogues et de substances psychoactives chez les jeunes ne peut nous laisser indifférents. Elle concerne nos familles, nos écoles, nos quartiers et, plus largement, l’avenir de notre jeunesse.

En tant que parents musulmans, nous avons une responsabilité particulière : préserver nos enfants, les éduquer, les accompagner et leur transmettre des repères solides afin qu’ils puissent faire face aux nombreuses tentations auxquelles ils seront confrontés.

Allah dit :

« Ô vous qui avez cru ! Préservez vos personnes et vos familles d’un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres. »

Sourate At-Tahrim, 66:6

Ce verset nous rappelle que l’éducation et la protection de la famille font partie de nos responsabilités. Il ne s’agit pas seulement de nourrir nos enfants et de veiller à leur scolarité, mais également de préserver leur foi, leur santé, leur moralité et leur équilibre.

1. Construire une relation fondée sur la confiance

La première protection de l’enfant est souvent la qualité de la relation qu’il entretient avec ses parents.

Un enfant qui sait qu’il peut parler à son père ou à sa mère de ses difficultés, de ses fréquentations, de ses erreurs ou de ses interrogations sera davantage susceptible de demander de l’aide lorsqu’il sera confronté à une situation dangereuse.

Prenons régulièrement le temps de lui parler, sans téléphone et sans distractions. Demandons-lui comment s’est passée sa journée, avec qui il a passé du temps, ce qui l’a rendu heureux ou ce qui l’a préoccupé.

Et surtout, apprenons à écouter.

Si chaque conversation devient immédiatement une réprimande, l’enfant finira par apprendre à cacher ses difficultés plutôt qu’à les partager.

2. Parler des drogues avant qu’il ne soit trop tard

Il ne faut pas attendre qu’un problème apparaisse pour aborder la question des stupéfiants.

À l’entrée au collège, voire avant selon la maturité de l’enfant, il est important d’expliquer clairement les dangers liés aux tabac, chicha, alcool, tramadol, cannabis, cocaïne…, aux produits détournés de leur usage médical, aux mélanges de médicaments, ainsi qu’à certaines pratiques banalisées chez les jeunes.

Notre discours doit être ferme, mais crédible.

Il ne suffit pas de dire : « C’est haram, donc n’en prends pas. »

Il faut également expliquer pourquoi l’islam protège l’être humain contre ce qui porte atteinte à sa raison, à son corps, à sa dignité et à sa vie.

Le Prophète ﷺ a dit :

« Tout ce qui enivre est interdit. »

Sahih Muslim

L’interdiction des substances intoxicantes n’est donc pas une règle dépourvue de sagesse. Elle s’inscrit dans une protection plus large de l’être humain et de ses facultés.

Comment l’expliquer à nos enfants ?

L’objectif n’est pas simplement de dire : « C’est haram, donc tu n’y touches pas. »

Il faut progressivement leur faire comprendre que les interdictions de l’islam sont aussi des protections.

1. Protéger la raison : « Allah t’a donné ton intelligence »

Expliquez à l’enfant que sa capacité à réfléchir, à discerner le bien du mal et à prendre des décisions est un immense bienfait d’Allah.

On peut lui demander :

« Pourquoi crois-tu que l’islam interdit ce qui fait perdre le contrôle de son esprit ? »

Puis lui expliquer simplement :

« Parce que ton intelligence est précieuse. Une substance qui altère ton jugement peut t’amener à faire des choses que tu n’aurais jamais acceptées en étant lucide. »

Cela permet de présenter l’interdiction non comme une privation de liberté, mais comme une protection de sa capacité à rester maître de ses choix.

2. Préserver sa santé : une responsabilité devant Allah

Dans l’islam, notre corps n’est pas simplement « à nous ». Il fait partie des bienfaits qu’Allah nous a accordés et dont nous sommes responsables.

Le Prophète ﷺ a dit :

« Ton corps a un droit sur toi. »

Sahih Al-Bukhari

On peut leur expliquer :

« Ton corps, ta santé, ton intelligence et ta vie sont des dons d’Allah. Tu n’en es pas le propriétaire absolu : tu en es le dépositaire. Si Allah t’a donné un corps, tu dois en prendre soin et éviter volontairement ce qui le détruit. »

Puis amener l’enfant à réfléchir :

« Si tu savais avec certitude qu’une chose allait progressivement détériorer ton cerveau, ta santé ou ta capacité à vivre normalement, pourquoi choisirais-tu de la prendre ? Et pourquoi échangerais-tu un bien qu’Allah t’a donné contre quelques minutes de plaisir ou pour être accepté par un groupe ? »

L’objectif est de lui faire comprendre que se préserver n’est pas seulement une question de peur des conséquences médicales. C’est aussi une question de responsabilité envers Allah.

Allah dit :

« Et ne vous jetez pas vous-mêmes dans la destruction. »

Sourate Al-Baqarah, 2:195

Ainsi, lorsque nous expliquons à nos enfants pourquoi l’islam nous demande de nous éloigner des substances nocives, nous pouvons leur faire comprendre une idée essentielle :

Allah ne nous interdit pas certaines choses pour nous priver de plaisirs ; Il nous interdit ce qui porte atteinte à des biens fondamentaux qu’Il nous a confiés : notre raison, notre corps, notre dignité, notre famille et notre vie.

3. Protéger la dignité : « Tu n’as rien à prouver »

Beaucoup de jeunes sont poussés à consommer pour être acceptés, paraître courageux ou ne pas être considérés comme différents.

Il faut déconstruire cette idée à la maison :

« Tu n’as pas besoin de prendre une substance pour être accepté. Tu n’as pas besoin de te mettre en danger pour prouver que tu es courageux. »

Apprenons-leur que la dignité consiste aussi à savoir dire non, même lorsque tout un groupe dit oui.

4. Protéger la vie : faire comprendre la valeur de l’existence

L’enfant doit progressivement comprendre que la vie est un don d’Allah et qu’elle mérite d’être préservée.

On peut lui dire :

« Allah t’a donné une vie, une famille, des capacités et un avenir. Pourquoi laisserais-tu une substance décider de ce que tu deviendras ? »

Cette approche permet de parler de prévention sans uniquement utiliser la peur.

5. Montrer que l’islam protège aussi contre les chemins qui conduisent au danger

La prévention islamique ne consiste pas seulement à identifier ce qui est interdit. Elle consiste également à s’éloigner des chemins qui peuvent y conduire.

C’est pourquoi il est pertinent de discuter avec nos enfants de :

  • leurs fréquentations ;
  • la pression du groupe ;
  • les lieux qu’ils fréquentent ;
  • les contenus qu’ils regardent ;
  • les personnes qu’ils prennent comme modèles ;
  • la manière dont ils gèrent le stress, l’échec et la solitude.

On peut leur poser régulièrement cette question :

« Est-ce que cette personne, cette habitude ou cet environnement te rapproche de ce qui est bon pour toi, ou t’en éloigne ? »

C’est une question simple, mais elle développe progressivement le discernement.

Une règle essentielle pour les parents

Évitons de transformer chaque discussion en sermon.

Il vaut mieux parfois poser une question et laisser l’enfant réfléchir que lui faire un long discours.

« Pourquoi penses-tu qu’Allah nous interdit cela ? »

« Qu’est-ce qui pourrait arriver si tu commençais à consommer pour faire comme tes amis ? »

« Est-ce que quelqu’un qui t’aime vraiment te pousserait à mettre ta santé en danger ? »

« Qu’est-ce que tu pourrais répondre si on te propose d’essayer ? »

Ces conversations répétées construisent chez l’enfant une boussole intérieure.

Et c’est probablement l’une des plus grandes protections que nous puissions lui transmettre : qu’un jour, lorsqu’il sera seul face à une tentation, il n’ait pas seulement peur de la réaction de ses parents, mais qu’il comprenne lui-même pourquoi il doit dire non.

3. Enseigner à nos enfants le sens du « haram » avec sagesse

Notre objectif ne devrait pas être simplement d’obtenir une obéissance extérieure.

Nous devons chercher à développer chez nos enfants une conscience intérieure : leur apprendre à faire les bons choix même lorsque leurs parents ne sont pas présents.

Allah dit :

« Ô vous qui avez cru ! Les boissons enivrantes, les jeux de hasard, les pierres dressées et les flèches divinatoires ne sont qu’une abomination, œuvre du Diable. Écartez-vous-en donc afin que vous réussissiez. »

Sourate Al-Ma’idah, 5:90

Le terme « écartez-vous » est particulièrement important : la prévention consiste également à éviter les situations, les fréquentations et les environnements qui peuvent progressivement conduire à la consommation.

4. Apprendre à nos enfants à résister à la pression du groupe

Beaucoup de jeunes ne commencent pas par une volonté réelle de consommer. Ils peuvent commencer par curiosité, pour appartenir à un groupe, pour ne pas paraître « différent » ou simplement parce qu’un camarade leur dit : « Essaie, tu ne risques rien. »

Nous devons donc préparer nos enfants à ces situations.

Demandons-leur par exemple :

« Que ferais-tu si un ami te proposait de fumer ? »

« Comment réagirais-tu si plusieurs camarades se moquaient de toi parce que tu refuses ? »

Faisons des mises en situation et apprenons-leur des réponses simples.

Un jeune doit comprendre qu’il n’a rien à prouver à ses camarades.

La véritable force n’est pas de suivre le groupe. C’est de savoir rester fidèle à ses principes lorsque le groupe nous pousse dans la mauvaise direction.

5. Surveiller les fréquentations sans transformer la maison en prison

L’islam accorde une grande importance à la fréquentation.

Le Prophète ﷺ a expliqué que le bon compagnon et le mauvais compagnon sont comparables au vendeur de parfum et au forgeron : la fréquentation influence nécessairement celui qui la fréquente.

Cela doit nous pousser à connaître les amis de nos enfants, leurs habitudes et les lieux où ils se retrouvent.

Cela ne signifie pas espionner constamment ou instaurer un climat de suspicion.

Il s’agit plutôt de s’intéresser réellement à leur vie.

Qui sont leurs amis ?

Que font-ils après les cours ?

Quels contenus regardent-ils ?

Quels sont leurs modèles ?

À quelles personnes font-ils confiance ?

La connaissance de l’environnement de nos enfants est une forme de prévention.

6. Ne négligeons pas les réseaux sociaux

Aujourd’hui, l’éducation d’un enfant ne se limite plus à ce qu’il voit dans la rue ou à l’école.

TikTok, Snapchat, Instagram, YouTube et d’autres plateformes peuvent exposer les jeunes à des contenus qui banalisent la consommation, présentent certaines substances comme inoffensives ou associent la drogue à la fête, à la liberté ou à la réussite.

Les parents doivent donc s’intéresser à cet univers numérique.

Il ne s’agit pas nécessairement de surveiller chaque conversation, mais d’apprendre à nos enfants à développer un esprit critique face à ce qu’ils regardent.

Un influenceur, un artiste ou une personnalité suivie par des millions de personnes ne devient pas pour autant un modèle à suivre.

7. Donner à nos enfants une vie riche et équilibrée

La prévention ne consiste pas uniquement à retirer les mauvaises choses. Elle consiste également à remplir la vie de l’enfant de bonnes choses.

Un jeune a besoin d’avoir des objectifs, des responsabilités, des passions et des personnes auxquelles il peut s’identifier.

Encourageons :

  • le sport et l’activité physique ;
  • la lecture et l’apprentissage ;
  • les activités culturelles ;
  • les projets associatifs ;
  • les relations familiales ;
  • la fréquentation de personnes vertueuses ;
  • la participation à la mosquée et aux activités éducatives adaptées à son âge.

L’éducation religieuse doit également être vivante. Apprenons à nos enfants à aimer Allah, à connaître Son Messager ﷺ, à prier, à invoquer Allah et à comprendre le sens des valeurs qu’on leur transmet.

Un enfant qui comprend pourquoi il fait les choses est mieux armé qu’un enfant qui a simplement appris une liste d’interdictions.

8. Être attentif aux signes de mal-être

Une consommation peut parfois être précédée ou accompagnée d’un mal-être : isolement, changement brutal de comportement, baisse soudaine des résultats scolaires, fréquentations inhabituelles, troubles du sommeil, irritabilité ou dépenses inexpliquées.

Aucun de ces signes ne signifie automatiquement que l’enfant consomme.

Mais ils doivent nous pousser à nous rapprocher de lui et à chercher à comprendre ce qui se passe.

La pire réaction serait de fermer les yeux par honte ou de considérer que « cela n’arrive qu’aux autres ».

9. Montrer les conséquences réelles : sortir du discours théorique

Nos enfants entendent parfois tellement de discours sur les dangers de la drogue que les mots finissent par perdre leur impact. Dire simplement « la drogue est dangereuse » ne suffit pas toujours.

Il peut donc être utile, avec discernement et en fonction de l’âge de l’enfant, de lui faire découvrir des témoignages et des reportages de personnes qui ont réellement sombré dans la consommation : jeunes ayant commencé par curiosité, personnes ayant perdu leurs études, leur emploi, leurs relations familiales, leur santé ou leur liberté.

L’objectif n’est pas de traumatiser l’enfant ni de lui montrer des images sordides. Il s’agit de confronter les discours de banalisation à la réalité.

Après avoir regardé un témoignage, prenons le temps d’en discuter avec lui :

  • « Qu’est-ce qui t’a marqué ? »
  • « À quel moment cette personne a-t-elle commencé à perdre le contrôle ? »
  • « Est-ce qu’elle pensait, au départ, que cela irait aussi loin ? »

C’est également l’occasion de déconstruire une idée très présente chez les jeunes : « Moi, je pourrai essayer sans devenir dépendant. »

Beaucoup de personnes qui ont sombré dans l’addiction n’avaient pas prévu de le devenir. Elles pensaient pouvoir contrôler leur consommation, arrêter quand elles le souhaiteraient ou simplement « essayer une fois ».

Il faut donc apprendre à nos enfants que le danger ne commence pas uniquement lorsque quelqu’un est déjà dépendant. Le danger peut commencer au moment où l’on accepte la première transgression en pensant que l’on restera maître de la situation.

Dans notre éducation islamique, les témoignages peuvent ainsi venir compléter le rappel religieux : le Coran et la Sunna nous enseignent pourquoi nous devons nous préserver ; la réalité nous montre concrètement ce qui peut arriver lorsque ces limites sont franchies.

Et surtout, faisons-le sans humilier les personnes qui souffrent d’addiction. Montrer à nos enfants les conséquences de la drogue ne doit pas leur apprendre à mépriser celui qui est tombé, mais à comprendre la gravité du piège et à développer de la compassion pour ceux qui cherchent à s’en sortir.

10. Si notre enfant tombe, ne l’abandonnons pas

C’est probablement l’un des points les plus importants.

Si un jeune commet une erreur, notre rôle de parent ne disparaît pas.

La consommation de drogue est grave. Elle doit être prise au sérieux et combattue. Mais l’enfant qui tombe dans ce piège ne doit pas être considéré comme définitivement perdu.

L’islam nous enseigne la porte du repentir, de la miséricorde et du retour vers Allah.

Il faut alors agir avec fermeté et intelligence : parler avec l’enfant, identifier les causes, couper les mauvaises fréquentations lorsque cela est nécessaire et rechercher l’aide de professionnels compétents.

Punir sans chercher à comprendre peut parfois éloigner davantage l’enfant de sa famille.

Notre objectif doit être de le sortir du problème, pas simplement de lui faire payer son erreur.

11. Enfin, ne portons pas seuls cette responsabilité

La protection de nos enfants nécessite une véritable coopération entre *parents, école, éducateurs, responsables associatifs, imams et professionnels de santé*.

Lorsqu’une situation inquiétante apparaît, demander de l’aide n’est pas un signe d’échec parental.

C’est au contraire faire preuve de responsabilité.

Conclusion

Nous ne pourrons jamais empêcher nos enfants de rencontrer toutes les mauvaises influences.

Mais nous pouvons leur donner des racines suffisamment solides pour qu’ils sachent où se tenir lorsqu’ils sont confrontés à la tempête.

Éduquons avant de devoir réparer.

Écoutons avant de juger.

Prévenons avant qu’il ne soit trop tard.

Et transmettons à nos enfants une foi qui se traduit par des choix, des comportements et une conscience d’Allah.

Nos enfants sont une amanah. Ils ne nous appartiennent pas : ils nous sont confiés.

Prenons soin de cette confiance.

Qu’Allah protège nos enfants de toutes les addictions, des mauvaises fréquentations et des épreuves apparentes et cachées. Qu’Il leur accorde une foi solide, de bonnes fréquentations, une bonne compagnie et des cœurs attachés à ce qui est bénéfique. Et qu’Il nous accorde, à nous les parents, la sagesse, la patience et la responsabilité nécessaires pour les accompagner convenablement.

Âmîne.

À partager largement auprès des parents, familles et éducateurs.

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